Brad Newton, interné à vie après avoir massacré sa famille à l’âge de 15 ans, s’échappe de l’asile afin de revenir dans sa maison d’enfance. Le même jour, Vince Foster, un flic ripoux ayant dû démissionner de son poste pour éviter la prison, prend sa fonction de shérif dans la même ville.

 

Des disparitions d’adolescents ont lieu peu après, mettant les forces de l’ordre sur les dents. Tout se complique pour Foster lorsque Harrisson Bluebird, le psychiatre s’occupant de Brad à l’asile et Jason Myers, le lieutenant de l’IGS ayant tenté de le faire tomber, arrivent en ville.

 

 

 

 

                                                                       

                                                                                                                      292 pages

                                                                                                                   18 euros

 


Chapitre 1

Ville de Statham, Massachusetts.  1995

 

L’heure du repas était arrivée. Comme chaque jour, la famille Newton était réunie autour de la grande table afin de partager les différents plats que Tina, la maîtresse de maison, avait préparés.

Josh, le père, venait de se laver les mains avant de s’asseoir. Chaque jour, il quittait son travail de garagiste vers midi afin de revenir chez lui prendre le déjeuner.

Un silence de mort régnait autour de la table,  malgré la présence des cinq enfants. Brad, Bill et Sandy ne disaient rien et gardaient la tête baissée. Seuls les petits derniers, Corey et Jaimie, balbutiaient et rigolaient entre eux. Josh était quelqu’un de violent qui frappait régulièrement sur ses enfants avec le consentement de son épouse.

Comme avant chaque repas, les membres de la famille Newton se prenaient la main et priaient longuement, remerciant dieu de leur apporter santé et bonheur et également bénir le repas présent.

Pareil qu’à son habitude, Josh vida au moins deux bouteilles de vin tout en mangeant.

Personne n’avait le droit de parler durant le repas sauf en quelques occasions où Josh exigeait que Brad effectue des travaux à la ferme. À quinze ans, l’adolescent en paraissait au moins vingt.

Avec son un mètre quatre-vingt et ses muscles saillants gagnés en faisant les rudes travaux de la ferme, il en avait assez du comportement violent de son géniteur.

Il se sentait totalement abandonné de la société, qui était parfaitement informée du comportement de son père. Tôt ou tard, cela devait finir. Le shérif Carl Dixon connaissait la situation de la famille, mais il était lui-même un compagnon de beuverie de Josh, alors il ne fallait pas trop compter sur lui pour qu’il fasse quelque chose. Tina se rendait chaque dimanche à l’église avec les trois plus jeunes enfants : Corey, six ans, Sandy 2 ans et Jaimie trois mois. Seuls Brad et Bill, 10 ans, restaient à la ferme afin de s’occuper des travaux.

Les rôles étaient bien définis, Bill s’occupait de nourrir les poules, canards et autres animaux alors que Brad s’occupait des travaux plus importants comme remettre les clôtures en état, bouger les ballots de paille et d’autres activités pénibles.

Souvent le soir, lorsque le père rentrait du travail, saoul, il s’en prenait à Brad.  Les coups de ceinture pleuvaient, quand cela n’était pas avec le poing ou le pied. Cela arrivait de plus en plus souvent, il fallait que cela change et cela allait se faire ce soir… Il en avait décidé ainsi. Son père, sa mère, ses frères et sœurs allaient devoir payer. Après le repas, Tina s’occupa de coucher les enfants, à l’exception de Brad, qui allait certainement encore servir de punching-ball à son alcoolique de père. Il débarrassait la table lorsque son père le bouscula, lui faisant tomber les assiettes qu’il tenait sur le sol. Elles se fracassèrent sous l’impact du sol. La gifle qui suivit ne fit bouger la tête de Brad que de quelques millimètres.

Le jeune homme ne ressentait plus la douleur depuis longtemps maintenant. Il ne pleurait plus lorsque les coups pleuvaient, il s’était endurci au fil du temps et des sévices qu’il subissait. Josh se frotta le poignet, il s’était fait mal en frappant son fils. Il regarda Brad qui le fixait avec ses yeux noirs.

Son visage n’avait aucune expression, même si la haine le consumait de l’intérieur, rien ne l’exprimait en surface.

Le père le repoussa violemment, l’envoyant contre le mur de la cuisine, puis tituba jusqu’au canapé où il s’effondra comme une masse de viande saoule.

L’adolescent leva la tête, en entendant sa mère rire avec ses frères et sœurs. Il n’avait jamais connu l’amour d’une mère. Cela était peut-être arrivé lorsqu’il était petit, mais désormais il la dégoûtait. Avec sa paupière droite tombante et la cicatrice qui lui recouvrait la joue gauche, après que son père l’eut frappé avec le tisonnier.

Il regardait son père ronfler, fin saoul sur le canapé, puis partit dans la cuisine. Il prit un couteau dans le bloc en bois posé sur le plan de travail, avant de revenir dans le salon. Il se positionna au bout du canapé, derrière la tête de son père. Il le regarda quelques instants, puis posa la lame froide sur la gorge de l’homme à demi conscient.

Le contact de l’acier fit sortir l’homme de sa torpeur que lui avait donné l’alcool.

Il écarquilla les yeux lorsqu’il sentit la lame lui trancher la gorge, lui prodiguant une douleur fulgurante. Il tenta de parler, mais un gargouillis inaudible sortit de sa bouche.

Un flot de sang se mit à jaillir tachant le tissu jaune du canapé.

Il regarda son père s’agiter quelques secondes avant de retomber inerte sur le tissu trempé de sang.

Brad laissant tomber le couteau sur le sol puis prit les escaliers qui menaient à l’étage.

Il entra dans la chambre des parents ou sa mère se déshabillait. Tina, qui était en sous-vêtements lorsque son fils entra lui ordonna de quitter immédiatement la pièce, après lui avoir jeté un bibelot qui était posé sur sa table de nuit. Brad ne réagit même pas lorsque celui-ci lui frappa le front. Il attrapa la batte de base-ball qui se trouvait près du lit, celle dont sa mère se servait pour repousser les assauts de son mari lorsqu’il voulait la forcer à avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’il était complètement ivre.

Lorsqu’elle vit son fils prendre la batte, elle hurla. Elle connaissait ce qui allait s’ensuivre. Il leva l’arme improvisée puis lui asséna un coup dans la mâchoire qui lui fractura l’os tout en l’envoyant contre le mur. Un second coup lui enfonça la boite crânienne. Les trois autres coups lui transformèrent le visage en masse sanglante informe. Il laissa tomber la batte et partit en direction de la chambre de ses frères et sœurs. Il prit le ciseau qui dépassait de la boite à couture de sa mère avant de sortir.

Il ne fit même pas un effort pour éviter l’œil qui avait été énucléé de l’orbite de la tête de sa mère et le réduisit en bouillie de ses lourdes chaussures de travail. Un bruit semblable à celui d’un grain de raisin que l’on écrase retentit.

Il entra dans la chambre où deux lits superposés étaient installés ainsi que le lit d’enfant de Corey et le berceau de Jaimie. Bill était debout, mais resta immobile lorsqu’il vit son frère entrer, les vêtements tachés de sang. Sans dire un mot,  Brad lui enfonça le ciseau dans l’œil d’un geste sec jusqu’au bout des lames. Bill ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit de sa gorge. Lorsque l’adolescent ôta le ciseau de l’orbite, le corps de son frère s’écoula sur le sol comme une poupée de chiffon.

Sandy se mit à pleurer et à sangloter bruyamment, faisant crier Corey et Jaimie. Brad arriva près de sa sœur et la frappa à plusieurs reprises avec le ciseau dans la poitrine, le ventre et elle reçut également plusieurs coups au visage. L’adolescent laissa le ciseau dégoulinant de sang sur le corps puis s’essuya les mains trempées de ce liquide rougeâtre et poisseux sur les draps.

Il arriva à côté du petit lit de Corey, puis le prit entre ses puissantes mains.

Il le souleva au niveau de son regard, le regarda de ses yeux inexpressifs. Corey s’agitait dans tous les sens, se débattant comme s’il se doutait que son grand frère lui voulait du mal. D’un coup, Brad le jeta violemment contre le mur.

L’enfant glissa le long de la paroi, laissant une traînée de sang derrière lui. Brad s’approcha de l’enfant qui gémissait sur le sol, respirant péniblement.

L’adolescent leva le pied au-dessus de son petit crâne, puis l’abattit à plusieurs reprises, lui faisant éclater la voûte crânienne. Il s’essuya la semelle tachée sur la grenouillère de son frère avant de se diriger vers le dernier membre de la famille encore vivant, sa petite sœur Jamie.

Encore innocente, la petite fille se mit à lui sourire lorsqu’il approcha son visage d’elle. Il l’attrapa, prêt à lui faire subir le même sort que Corey, mais il arrêta son geste lorsque la petite main de Jaimie lui toucha le visage en gazouillant.

Le bébé agitait ses quatre membres tout en riant. Des petites bulles de salive sortaient de ses lèvres avant d’éclater, la faisant rire de plus belle.

Brad penchait la tête à droite puis à gauche suivit immédiatement par le bébé qui semblait s’amuser comme une petite folle.

— Brad ! Sale petite ordure.

Sans se soucier de la personne qui venait d’arriver derrière lui, il reposa sa petite sœur délicatement dans son berceau.  Il se retourna pour se retrouver face à Clint Davinson, leur voisin et camarade de beuverie de son père.

Clint décrocha un coup de poing que Brad reçut en plein visage. Il sembla ne rien ressentir lorsqu’il plaqua sa grosse main sur le visage de Clint avant de lui écraser la tête contre le mur, puis la frappa à plusieurs reprises. Il ne relâcha le voisin que lorsqu’il entendit un craquement sinistre entre ses doigts.

Il se retourna vers sa petite sœur qui gazouillait puis descendit les escaliers et partit s’asseoir sur le rocking-chair de son père qui se trouvait sur la terrasse de la ferme. Le shérif Carl Dixon n’en croyait pas ses yeux. Son vieil ami était là devant lui, égorgé comme un cochon, baignant dans son sang. Mickey Davinson, l’un de ses hommes, vomit tripes et boyaux à l’étage lorsqu’il découvrit les corps des autres membres de la famille.

— Shérif ! Montez… vite.

Carl ne sut comment réagir devant une telle horreur. Il marchait littérairement dans le sang. Les gazouillis de Jamie lui firent battre son cœur comme  un marteau. Il prit la petite dans les bras et se dépêcha de sortir de la pièce.

— On sort ! Il faut appeler la police d’état, on n’est pas fait pour traiter une telle affaire.

Les gyrophares de la police les aveuglèrent lorsqu’ils sortirent de la ferme.

Le shérif donna le bébé à Sandy Gallaway, une policière qui travaillait avec le shérif.

— Surtout ne rentre pas. Emmène la petite au docteur pour s’assurer qu’elle va bien.

— Et pour lui ?

Sandy désignait l’adolescent qui était assis à l’arrière d’un des deux véhicules de police. Il regardait droit devant lui. Lorsque la police était arrivée, il n’avait pas bougé lorsque les agents l’avaient emmené dans le véhicule. À aucun moment, il n’avait résisté. Désormais, il était là, sans dire un mot. Il n’avait jamais été un grand bavard, mais désormais plus aucun son ne sortait de sa bouche.

— Je vais l’emmener au poste.

   Tu… tu vas l’arrêter ?

— Cette petite ordure a massacré toute sa famille. Si je m’écoutais, je lui aurai collé une balle dans la tête.

   Je vais amener la petite au docteur.

   Je m’occupe d’appeler la police d’état.

— Et moi, je fais quoi ? Ne m’oblige pas à rester ici.

— Désolé, mais il le faut. Ne rentre pas, reste ici. Empêche toutes personnes d’entrer.

Les deux voitures de police s’éloignèrent des lieux du massacre.

Arrivé au poste de police, le shérif enferma l’enfant dans l’unique cellule de la ville tout en expliquant à son adjoint, Jason Davis, ce qui s’était passé.

— Qu’est-ce qu'on va faire de lui ?

— La police d’état va s’en occuper. Je l’ai appelé en venant ici. Elle envoie une patrouille avant ce soir.

— C’est qu’un gosse !

— Non ! C’est un criminel, une espèce de foutu psychopathe.

Le shérif s’approcha de la cage. Brad regardait fixement le mur devant lui, sans faire un seul mouvement.

— Ton père était l’un de mes meilleurs amis. C’est sûr qu’il n’était sans doute pas un père parfait, mais il ne méritait pas ce que lui a fait.

Brad se tourna vers lui et le fixa de ses grands yeux noirs.

Le shérif fut comme happé dans un abîme sans fond en le regardant. Un frisson lui déchira le dos, le glaçant jusqu’aux os.

— Que dieu te pardonne, car moi il est hors de question de le faire.

— On va faire quoi de ce type ?

— J’ai téléphoné au juge, il est d’accord avec moi. Il faut l’enfermer et jeter la clé le plus loin possible pour qu’il ne sorte jamais.

Une voiture s’arrêta devant le bureau de police. Le shérif regarda par la fenêtre.

— C’est le doc. Il va lui faire une piqûre pour qu’il soit calme durant le transport.