Mylène et Camille, deux adolescentes fuguent un soir de canicule. Le lendemain matin, seule Mylène revient, incapable de donner la raison de la disparition de son amie. Les recherches restent vaines et le dossier est classé sans suite.

 

Douze ans plus tard, Mylène revient dans la ville de son enfance. Quelques jours après son arrivée, elle reçoit des appels d’un mystérieux interlocuteur l’accusant de la disparition de son amie. Peu de temps après, une photo représentant Camille en robe de mariée et tenant un enfant par la main lui est envoyée.

 

Avec l’aide d’un jeune policier, elle tente de retrouver la trace de son amie, affrontant les obstacles qui se dresseront devant elle au péril de sa vie.

 

300 pages

 


Ce livre fait partie de la sélection

retenue pour participer au

Prix du Polar 2016

des auteurs auto-édités.


Chapitre 1

 

Les deux jeunes filles riaient de bon cœur, assises sur le toit en pente de la maison. Il faisait  plus de 30 degrés et la chaleur étouffante avait empêché les deux amies, Mylène Delay et Camille Chabon, de pouvoir s’endormir. Elles avaient attendu que les parents de Mylène soient passés afin de s’assurer que tout allait bien pour sauter hors de leur lit et passer par la fenêtre afin de profiter du peu d’air frais qui existait.

— On pourrait dormir ici, qu’est-ce-que tu en penses Mylène ?

— Et si on tombait en dormant… tu y as pensé ?

— Ce qui est certain, c’est que je ne pourrai pas dormir par cette chaleur.

            — J’ai une idée, mais il faudra que tu sois courageuse ma petite Camille.

            — Tu oublies que mon surnom est Camille l’aventurière. Répondit-elle en riant.

            — La piscine !

            — Tu es folle !

            — L’eau est toujours fraîche et nous sommes bonnes nageuses.

            — Mais il fait noir.

            — La lune est pleine et on pourra prendre une torche dans la remise de mon père.

            Camille paraissait peu convaincu par l’idée de sa meilleure amie. La piscine était à moins de cinq minutes à pied, mais cela ne semblait pas la rassurer.

            — Si tes parents nous attrapent, on va s’en souvenir longtemps.

            — La seule chose dont tu te rappelleras, ce sera le moment que l’on va passer dans cette eau bien fraîche qui nous tend les bras.

            — Mais elle doit être fermée à cette heure-ci.

            — La petite porte ne ferme pas bien, en tirant dessus assez fort, elle devrait s’ouvrir toute seule.

            Camille fit aller sa tête de droite à gauche afin de marquer sa désapprobation face à l’envie d’aventure de son amie.

À bientôt 16 ans, elle était une élève sérieuse qui n’aimait pas le sport mais adorait nager. Sa meilleure amie Mylène, elle, avait 17 ans.

Elle s’était rencontrée le jour où Camille avait été prise à partie par deux autres filles et que Mylène était venue prendre sa défense.

            Physiquement, elle n’avait pas grand-chose en commun. Camille, avec ses 1 mètre 40, ses cheveux blonds filasses et son embonpoint  n’avait rien à voir avec Mylène, une grande rousse d’1 mètre 75 dont le corps était harmonieusement formé. Mais aucune jalousie ne s’était jamais installée entre elles.

            Camille était venue passer son dernier mois de vacances scolaire chez Mylène, avant d’entamer leur dernière année au lycée. Deux élèves studieuses dont leur avenir était tout tracé.

            Camille avait un mauvais pressentiment, aller en cachette à la piscine municipale ne lui disait rien.

Elle devait trouver un moyen pour y échapper. Après avoir réfléchi quelques instants, une idée lui arriva.

            — Mais on n’a pas nos maillots de bain. Le mien est toujours avec le linge sale et je n’entrerai pas dans l’un des tiens… dommage, on va devoir renoncer.

            — Tu sais que tu es intelligente… mais pas assez. Si on n’a pas de maillot de bain et bien, on s’en passera.

            — Quoi ? Tu veux dire qu’on se baignera toute nue ?

            — On s’est déjà vues complètement nue, non ?

            — Mais… si des garçons arrivaient !

            — Qui veux-tu qui vient à la piscine à cette heure-ci.

            — Je ne sais pas… ton frère par exemple… avec ses débiles de copains.

            — Mon frère est absent. Il est parti en randonnée avec ses copains pour une semaine. Si cela peut te rassurer, on ira en sous-vêtements… D’accord !

            Devant l’insistance de son amie, Camille ne savait plus quoi répondre.

Elle posa le menton sur ses genoux après avoir replié ses jambes contre sa poitrine.

            — Et comment on va descendre ?

            Mylène arbora un magnifique sourire, elle attrapa son amie par les épaules et la secoua.

            — Ma brave Camille. Regarde ce qu’il y a en dessous.

            Camille se pencha en faisant attention de ne pas être emportée.

Lorsqu’elle vit ce que son amie voulait dire, elle fit des yeux ronds comme des billes.

            — Le bac à balles ? Tu es folle ?

            La mère de Mylène s’occupait d’enfants dans la journée et elle avait installé différents jeux pour les occuper, comme un toboggan ou un bac à balles.

            — Tu n’as rien à craindre, grosse trouillarde. Imagine qu’il te regarde, cela te donnera du courage.

            — Qui ? demanda Camille rougissant.

            — Arrête de rougir, on va te voir de l’autre côté de la ville.

            — Laisse-moi ! Tu avais promis de ne pas m’ennuyer avec lui.

            — Lui ! Lui ! Toujours lui ! Si tu me donnais son nom, ce serait plus simple tu en crois pas.

            — Je ne peux pas, il me l’a fait promettre.

            Camille avait rencontré un garçon il y a un peu plus d’une semaine, elle s’était absentée plusieurs heures par jour depuis cette journée.

Mylène avait tenté d’en savoir plus, mais Camille lui avait demandé de ne plus la questionner sur cela.

La seule chose qu’elle avait accepté de dire, était qu’elle avait rencontré un garçon et que cela avait été un coup de foudre immédiat et réciproque.

Il lui avait demandé de garder secret leur rencontre, car il était avec quelqu’un et il voulait lui dire avant que tout le monde sache pour eux deux.

            Mylène avait bien tenté de l’interroger, mais elle avait décidé de ne pas ennuyer son amie, après tout cela la regardait.

Elle était sa seule amie et les garçons ne l’abordaient jamais contrairement à Mylène, qui était la star de l’école.

Mylène avait pensé suivre son amie, puis s’était ravisée. Après tout c’était sa vie et pas la sienne. Elle ne tenait pas à trahir son amie.

            Même si Camille était effrayée à l’idée de sauter dans le bac à balles, elle ne se défilerait pas.

            — D’accord ! J’y suis.

            — Bravo ma grande. Rentrons-nous préparer.

            Camille respira un grand coup et se leva afin de rejoindre Mylène dans la chambre. Il était hors de question qu’elle laisse tomber sa meilleure amie.

Après tout l’aide qu’elle lui avait apportée au cours des années… elle lui devait bien cela.

            Elles enlevèrent leur t-shirt avec lequel elle dormait, afin de passer des sous-vêtements.

Camille avait fini la première et lorsqu’elle regarda Mylène, elle fut en admiration devant les courbes de son corps.

            — Tu es obligée de mettre des trucs si sexy pour aller à la piscine.

            — Quoi sexy ?

            Mylène avait opté pour un ensemble vert en dentelle alors que Camille, elle, portait des dessous blancs, ceux que Mylène appelait des dessous de grand-mère. Elles passèrent un short, un t-shirt et une paire de tennis.

Elles étaient prêtes à passer à l’action. Voyant que son amie était toujours inquiète, Mylène tenta de la rassurer.

            — Tu n’as rien à craindre. Même dans la piscine tu pourras voir la maison par les carreaux. On y sera en moins de deux minutes.  

            — Mais il est tard non ?

            — Tu te dégonfles... C’est cela ! Tu n’as rien à craindre. Mes parents sont couchés et on a toute la nuit pour nous. On va se baigner pendant une petite heure et après on revient et on passe une bonne nuit.

Personne ne remarquera que l'on est sortie et revenue. Moi j’y vais, si tu veux rester tu le peux, je ne t’oblige à rien.

            — D’accord, ne te met pas en colère, je viens.

            Mylène se jeta sur le lit de son amie, la faisant tomber en arrière, puis se mit à la chatouiller la faisant rire aux éclats.

            — Les filles… il est temps de dormir !

            — Oui p’pa !

            Le père de Mylène était quelqu’un de très aimable. Professeur de philosophie, il laissait une grande marge de manœuvre à sa fille.

C’est lui qui avait convaincu son épouse de laisser venir Camille passer quelques semaines de vacances chez eux. Non que sa mère fut quelqu’un de méchant, mais elle n’aimait pas recevoir, c’était ainsi. Mais pour faire plaisir à sa fille, elle avait accepté.

            Camille et Mylène étaient plus que des amies, de véritables sœurs et la mère de Mylène l’avait bien comprise.

            Après avoir attendu quelques minutes, afin d‘être certaines que les parents dormaient, elles décidèrent qu’il était temps de mettre le plan en action.

            — Tu commences ou j’y vais ?

            — Vas-y ! Si je saute la première je vais rester au fond du bac et tu devras me sauter dessus.  

            — C’est une bonne idée… Un bon matelas pour amortir ma chute, c’est à réfléchir.

            Camille lui donna un coup de poing sur l’épaule en rigolant.

            — Bon, j’y vais.

            Mylène se laissa tomber la première. La chute fut rapide et elle s’enfonça dans les balles sans aucune douleur. Elle ressortit rapidement et fit signe à son amie.

            — Dépêche-toi, il ne faut pas traîner.

            Camille se pencha, puis recula avant de se jeter à son tour. Elle disparut complètement sous les balles de plastique.

Elle passa une main au travers pour montrer sa position à Mylène afin qu’elle vienne l’aider.

            Son amie lui tira la main, s’amusant à voir émerger le visage de son amie devenue rouge comme une tomate.

            — Pas trop de mal ?

            — La prochaine fois, tu diras à ta mère de mettre une piscine plus profonde, j’ai mal aux fesses.

            Les deux filles réajustèrent leurs vêtements, puis partirent en direction de la piscine. Elles passèrent par l’atelier du père de Mylène afin de prendre une torche.

            — Oh non !

            — Quoi ? Qu’est-ce-que tu as Camille ?

            — J’ai oublié mon portable dans la chambre.

            — Et alors ? Moi aussi je l’ai laissé, ce n’est pas grave.

            — Et maintenant que l’on est dehors, comment va-t-on rentrer une fois revenue de la piscine.

            — Ne t’en fais pas, j’ai pensé ça tout.

            Elles ressortirent de l’atelier en possession de la fameuse torche, puis se rendirent enfin à leur destination. Arrivées devant la piscine, Camille attrapa le bras de son amie.

            — Ce n’est pas une bonne idée, on devrait repartir.

            — Qu’est-ce-que tu as encore Camille ?

            — Viens… on rentre !

            — Moi je reste, si tu veux repartir…. Vas-y, mais seule.

            — Et comment je fais pour remonter dans la chambre.

            — Mon père a une échelle dans son atelier. Il suffit de la poser contre le mur et de grimper.

            — Je n’arriverai jamais à la porter seule, tu le sais.

            — Chhhuuuttt ! Parle moins fort, tu vas réveiller mes parents. Écoute, de quoi as-tu peur ? On va être seule, je peux même bloquer la porte si cela peut te rassurer.

            La chaleur suffocante de la nuit les enlaçait de plus en plus. L’effet de l’adrénaline était passé et elles commençaient à sentir la chaleur moite et étouffante en cette soirée d’été.

            Mylène respira profondément et prit les mains de Camille dans les siennes essayant de retrouver son calme. Elle ne voulait pas gâcher cette soirée.

Tout ce qu’elle désirait, c’était de passer un bon moment avec sa meilleure amie.

            Les deux filles sursautèrent lorsqu’un bruit résonna dans la piscine. D’où cela pouvait-il venir. Camille tenta de repartir, mais Mylène lui attrapa le bras.

Elle posa un doigt sur ses lèvres, faisant signe à Camille de ne pas faire de bruit. Elles restèrent ainsi plusieurs minutes sans osées bouger.